« 3 mai 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 91-92], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10389, page consultée le 26 janvier 2026.
3 mai [1843], mercredi matin, 9 h.
Bonjour, mon Toto bien-aimé, bonjour mon cher adoré petit homme, comment vas-tu ce
matin ? Moi je t’aime, voilà ma santé et ma vie. Je me dépêche pour être prête à
l’heure dite. Voilà déjà longtemps que je suis éveillée. J’ai compté ma dépense et
j’ai écrit mon linge à la blanchisseuse pour tantôt. Je ne veux rien laisser derrière
moi afin de profiter d’un moment de promenade si tu as le temps de me le donner. Sinon
je rentrerai et je travaillerai un peu à mes zaillons1.
Je ne sais pas pourquoi je n’éprouve pas de vraie joie à
aller chercher ce passeport ? Je crains que ce ne soit un leurre pour me faire bonne
bouche pour quelque mystification prochaine qu’on me fera avaler. J’ai été si
attrapéea depuis plus de deux
ans à l’occasion de ce voyage que je n’ai plus la moindre confiance dans les
promesses. Je ne commencerai à croire que lorsque j’aurai mis mes quatre pattes dans
la diligence quelconque qui devra nous emporter bien loin d’ici. Mais d’ici là, je
conserverai mon incrédulité et mon découragement. Ce n’est pas de ma faute et
j’aimerais mieux ma confiance passée qui me donnait le bonheur par anticipation que
cette défiance qui m’ôte jusqu’au plaisir d’espérer. Je le répète, ce n’est pas de
ma
faute mais celle des deux affreuses années qui viennent de s’écouler. Mon petit Toto
chéri, je vous aime de toute mon âme mais j’ai le cœur bien triste depuis longtemps.
Cela va même souvent jusqu’au désespoir et jusqu’au dégoût de la vie. Pardonne-moi,
mon Victor bien-aimé, cet excès d’amour qui, comme tous les excès, est un défaut.
Je baise tes belles petites mains, tes
beaux cheveux et ta ravissante petite bouche. Je voudrais mourir pour toi pour de
bon
et pour de vrai.
Juliette
1 Déformation phonétique de « haillons », marquant par le « z » initial la liaison avec l’article.
a « attrappée ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
